Marc-Alexis Côté, ancien Vice-Président et Producteur Exécutif de la franchise Assassin’s Creed chez Ubisoft, a déposé une plainte au Québec le 16 janvier 2026 contre l’éditeur. Il réclame environ 1,3 million CAD, une somme qui inclut notamment deux ans de salaire ainsi que 75 000 CAD en dommages moraux.
Au coeur du dossier, un motif allégué qui pèse lourd dans le droit du travail: le licenciement déguisé. Selon les éléments rapportés, l’ex-cadre estime avoir été placé devant un choix perdant, entre une démotion et une démission. De son côté, Ubisoft aurait traité son départ comme une démission volontaire, ce qui l’aurait conduit à refuser toute indemnité de départ.
Pour le public, l’affaire résonne forcément. Côté n’est pas un nom anodin: il a passé plus de 20 ans chez Ubisoft et a été impliqué sur Assassin’s Creed de Brotherhood (2010) jusqu’à Assassin’s Creed Shadows (2024). Et quand un profil aussi central conteste la manière dont il a été “sorti” de la machine, on comprend vite que l’enjeu dépasse le simple chèque.
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Une plainte et un désaccord sur la nature du départ
La demande financière annoncée tourne autour de 1,3 million CAD (près de 930 000 USD selon les équivalences mentionnées dans les informations disponibles). Elle comprend deux ans de salaire et une ligne distincte de dommages moraux fixée à 75 000 CAD, ce qui suggère un volet plus personnel dans le préjudice allégué, au-delà du seul calcul comptable.
Le point de friction principal est limpide: Côté soutient qu’il s’agit d’un licenciement déguisé, concept qui renvoie à une situation où l’employeur change les conditions de travail de manière telle que l’employé se retrouve pratiquement contraint de partir. Ubisoft, de son côté, aurait maintenu la lecture inverse, en considérant qu’il s’agissait d’une démission, et n’aurait donc pas versé d’indemnités de départ.
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Un cadre historique
Dans ce dossier, la chronologie compte presque autant que les montants. Marc-Alexis Côté a été nommé Vice-Président et Producteur Exécutif de la franchise Assassin’s Creed en mars 2022. À ce niveau, on parle d’un poste qui, par nature, implique une vision globale, une responsabilité transversale et une influence directe sur la direction de la marque.
Le fait qu’il ait été associé à la saga sur une période allant de 2010 à 2024 donne aussi une idée du capital interne et symbolique autour de son rôle. Dans l’industrie, ces trajectoires longues sont rares et souvent synonymes d’une relation très intime avec la franchise, ce qui rend d’autant plus sensible toute reconfiguration de périmètre.
Vantage Studios, restructure et déplacement du centre de gravité
Le départ de Côté s’inscrit dans un contexte de restructuration plus large. Ubisoft a annoncé en mars 2025 la création de Vantage Studios, dont les opérations ont débuté le 1er octobre 2025. Cette filiale est présentée comme partiellement financée par Tencent et destinée à gérer des franchises stratégiques comme Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six.
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Le pilotage de Vantage Studios a été confié à deux co-CEOs, Christophe Derennes et Charlie Guillemot. Ubisoft a aussi évoqué un objectif organisationnel: moins de contrôle centralisé et davantage d’autonomie pour les équipes de développement. Dans ce nouvel organigramme, les informations indiquent que Côté, qui rapportait directement à Yves Guillemot auparavant, aurait vu son influence diminuer.
Des options perçues comme des rétrogradations
Selon les éléments attribués à la plainte, une réunion de management à l’été 2025 aurait évoqué la recherche d’un Head of Franchise chargé de superviser Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six au sein de Vantage Studios, un rôle qui aurait récupéré l’essentiel des responsabilités jusque-là portées par Côté. Autrement dit, une nouvelle couche décisionnelle, au-dessus de lui.
En alternative, un poste de Head of Production lui aurait été proposé, avec un lien de subordination au Head of Franchise. La plainte évoque une perte de prestige et de certains accès, notamment des échanges avec des partenaires comme Netflix. Une autre proposition, en septembre 2025, aurait porté sur un rôle de leadership au sein d’une “Creative House” chargée de séries secondaires d’Ubisoft, option que Côté aurait aussi perçue comme une démotion.
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Ubisoft, dans ses déclarations d’octobre 2025, a au contraire indiqué que plusieurs postes de leadership lui auraient été offerts, y compris à Vantage Studios, et qu’il aurait choisi de refuser puis de partir. Côté, de son côté, a affirmé à la même période qu’il n’avait pas choisi de partir, ajoutant que la direction de la franchise avait été transférée à quelqu’un d’autre et que les postes proposés n’avaient ni la même portée ni la même continuité.
Les derniers jours: anxiété, ultimatum, et départ acté mi-octobre 2025
Dans le récit de la plainte, une séquence se détache. Côté aurait pris deux semaines de réflexion fin septembre et début octobre 2025, dans un contexte d’anxiété. On comprend l’idée: quand une carrière construite sur une franchise se retrouve soudain réétiquetée, le mot “choix” peut sonner très théorique.
Il est aussi indiqué qu’Ubisoft aurait exigé une décision finale, décision que Côté aurait refusée en considérant l’offre comme une démotion inacceptable. Le 13 octobre 2025, Ubisoft lui aurait demandé de ne pas se présenter au travail, avant une annonce officielle le 14 octobre concernant son départ. Côté a ensuite déclaré publiquement ne pas avoir choisi de quitter l’entreprise, tout en affirmant que sa passion pour Assassin’s Creed restait intacte.
La clause de non-concurrence, un point qui peut peser sur la suite
Parmi les demandes associées au litige, figure aussi la volonté de faire lever une clause de non-concurrence, qui limiterait ses perspectives d’emploi. Dans un secteur où les passerelles existent entre studios, éditeurs et projets transversaux, ce type de clause peut devenir un vrai verrou, surtout pour un cadre identifié et très spécialisé.
Ce détail éclaire aussi l’arrière-plan: au-delà du conflit sur la qualification du départ, il y a l’enjeu de la capacité à rebondir. Quand on a tenu un rôle de vitrine pendant des années, l’après est souvent scruté, et pas seulement par les recruteurs; les contraintes contractuelles pèsent alors autant que l’image publique.