High-Tech

Le recyclage électronique pourrait devenir une nouvelle mine d’or

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carte mere recyclage

© DepositPhotos

Cet appareil électronique que nous jetons tous contient en réalité 450 milligrammes d’or 22 carats. Derrière cette affirmation qui circule depuis plusieurs mois se cache une expérience scientifique bien réelle menée en 2024 par une équipe de l’ETH Zurich. Les chercheurs ont réussi à extraire une pépite d’environ 450 milligrammes, composée à 91 % d’or, à partir de composants informatiques usagés.

Contrairement à ce que laisse croire certains titres accrocheurs, il ne s’agit pas d’un unique appareil miracle contenant à lui seul cette quantité d’or. Le chiffre correspond en réalité au cumul de 20 cartes mères provenant de vieux ordinateurs. Autrement dit, l’or est bien présent dans nos équipements du quotidien, mais en quantités minuscules… jusqu’à ce que la masse fasse la différence.

Ce fameux appareil : en réalité, nos cartes mères et circuits électroniques

Quand on parle de « cet appareil électronique », on désigne en fait un ensemble de composants que l’on retrouve dans la plupart de nos objets high-tech : cartes mères d’ordinateurs, circuits internes de smartphones, cartes électroniques de consoles de jeux, de box internet ou encore de téléviseurs à écran plat.

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Dans l’expérimentation menée à Zurich, ce sont précisément 20 cartes mères de vieux PC qui ont été traitées. Résultat : un peu plus de 20 milligrammes d’or par carte en moyenne. À l’échelle d’un composant isolé, cela paraît dérisoire. À l’échelle industrielle, on commence à parler sérieusement.

L’or se loge principalement dans :

  • les connecteurs (PCIe, HDMI, USB),
  • les broches de processeur,
  • les circuits imprimés,
  • et différentes zones de contact stratégiques.

Si les ingénieurs utilisent ce métal, ce n’est pas pour le plaisir d’ajouter une touche premium invisible. L’or offre une excellente conductivité, résiste à la corrosion et garantit une fiabilité des contacts électriques. Dans l’univers du hardware, chaque micro-ohm compte, et l’or reste un allié redoutablement efficace.

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Comment l’ETH Zurich transforme des déchets en pépite

L’aspect le plus fascinant de cette histoire tient à la méthode utilisée. L’équipe du professeur Raffaele Mezzenga a développé une technique reposant sur une sorte d’éponge protéique fabriquée à partir de lactosérum, un sous-produit de l’industrie fromagère. Oui, le petit-lait peut contribuer à récupérer de l’or issu de nos PC usagés. L’image est presque poétique, et franchement geek à sa manière.

Le processus débute par la dissolution des parties métalliques des cartes mères dans un bain acide, afin d’obtenir une solution riche en ions métalliques. L’éponge, transformée en aérogel très poreux, est ensuite plongée dans ce bain. Elle capte jusqu’à 93 % des ions d’or présents, tout en absorbant moins de 10 % des autres métaux. La sélectivité est l’un des points forts du procédé.

Une fois l’éponge saturée, elle est chauffée. Les ions d’or se transforment en paillettes métalliques, puis fusionnent pour former une pépite. Celle obtenue dans l’expérience atteint environ 450 mg, évaluée autour de 33 dollars, soit une trentaine d’euros. Fait notable, les coûts en matières premières et en énergie seraient 50 fois inférieurs à la valeur de l’or récupéré. Sur le papier, l’équation économique intrigue.

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Il faut toutefois rappeler que l’on parle d’une preuve de concept en laboratoire. La manipulation implique des acides puissants et un environnement contrôlé. Nous sommes loin d’un tutoriel DIY à tester dans son garage.

Des concentrations d’or supérieures à certaines mines

Ce qui surprend le plus, c’est la comparaison avec l’extraction minière classique. Une tonne de circuits imprimés issus de déchets électroniques peut contenir jusqu’à 300 à 400 grammes d’or. À titre de comparaison, de nombreuses mines traditionnelles exploitent des gisements affichant seulement 1 à 5 grammes d’or par tonne de roche.

Autrement dit, nos déchets numériques constituent une véritable « mine urbaine ». L’expression n’a rien d’exagéré. Nos tiroirs remplis de vieux smartphones et nos tours d’ordinateur obsolètes concentrent des métaux précieux dans des proportions parfois supérieures à celles de certains minerais naturels.

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Un smartphone moyen contient par exemple environ 0,03 gramme d’or, soit une trentaine de milligrammes. Ajoutez à cela de l’argent, du palladium, du cuivre et d’autres métaux techniques indispensables à l’électronique moderne. À l’unité, cela reste modeste. Par millions d’appareils, le potentiel devient colossal.

Un enjeu mondial bien plus large que nos vieux PC

Chaque année, la planète produit environ 62 millions de tonnes de déchets électroniques. Pourtant, à peine 22 % sont correctement collectés et recyclés. Le reste finit stocké, incinéré ou dispersé dans des filières peu optimisées, entraînant une perte massive de métaux précieux et des impacts environnementaux non négligeables.

Dans ce contexte, la méthode développée à Zurich apparaît comme une piste prometteuse pour rendre le recyclage plus rentable et potentiellement plus durable. Le fait d’utiliser un déchet de l’industrie alimentaire pour récupérer des métaux issus des déchets numériques donne à l’ensemble une dimension presque circulaire. On transforme littéralement deux rebuts en ressource.

Les appareils concernés sont nombreux : PC de bureau, ordinateurs portables, consoles de jeux, box internet, téléviseurs. Tous reposent sur des cartes électroniques comparables à celles analysées par les chercheurs. Aucun ne contient 450 mg d’or à lui seul, mais tous participent à cette réserve diffuse que l’on sous-estime.

La réalité est plus nuancée que le titre choc : nous ne jetons pas une petite pépite à chaque remplacement de carte graphique. En revanche, nous mettons souvent au rebut des composants riches en métaux précieux, dont l’accumulation représente un enjeu stratégique et écologique majeur.

À l’heure où l’on parle d’économie circulaire et de souveraineté sur les ressources critiques, ces minuscules points dorés soudés sur nos cartes mères prennent une dimension nouvelle. Nos appareils high-tech, conçus pour la performance et la miniaturisation, sont aussi devenus des coffres-forts involontaires. Encore faut-il développer les filières capables d’ouvrir ces coffres à grande échelle, en alliant innovation scientifique et viabilité économique.

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Photo de Paul Ansay
Rédacteur / Tech Guru
Paul est développeur web et passionné de culture geek. Il assure la maintenance et le développement de WorldOfGeek.fr, tout en rédigeant des articles sur les jeux vidéo, la tech, les séries et la pop culture pour apporter sa touche personnelle au média.
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