Depuis toujours, la place des filles dans l’univers des jeux vidéo reste un sujet de débat récurrent. Les gens s’imaginent qu’elles sont tournées vers des jeux dits « casual » et qu’elles y passent moins de temps que les garçons. Pourtant, les données récentes révèlent une réalité beaucoup plus nuancée.
Depuis ces dernières années, le jeu vidéo est un loisir de masse pratiqué par des millions de joueurs dans le monde. Selon les enquêtes nationales et internationales, les femmes ne sont plus une minorité discrète. D’ailleurs, elles sont aujourd’hui presque aussi nombreuses que les hommes, notamment chez les jeunes générations.
Mais au-delà des chiffres, se posent des questions essentielles : jouent-elles de la même manière ? Sur les mêmes supports ? Aux mêmes genres ?
Une pratique massive et quasi paritaire dans le monde
Plus qu’un simple passe-temps, le jeu vidéo est désormais un loisir de masse pratiqué par toutes les tranches d’âge. D’après une étude du Syndicat des Éditeurs de Logiciels et des Loisirs (SELL), environ 40 millions de Français jouent une fois dans l’année. L’âge moyen d’un joueur en France est de 40 ans, dont 88 % ont plus de 18 ans et 12 % ont entre 10 et 17 ans. Quant aux joueuses, elles représentent 49 % de l’ensemble des joueurs en France.
À l’échelle mondiale, les analyses confirment une forte implication des femmes dans le monde du gaming. En effet, 72 % des femmes actives en ligne jouent à des jeux vidéo et forment à peu près 45 % des joueurs globaux. Selon ces chiffres de Newzoo, il est sûr que la participation féminine ne se limite pas à un rôle secondaire ou « casual ». Aux États-Unis, le panorama est comparable puisque l’étude de l’ESA 2024 indique que 46 % des joueurs sont des femmes. Dans tous les cas, les données 2024-2025 dessinent un paysage où la présence féminine dans le jeu vidéo est à la fois massive et déterminante.

L’usage des jeux vidéo par les adolescents, la fréquence, la durée et les supports
Pendant l’adolescence, la pratique des jeux vidéo fait apparaître des différences et des points communs entre les filles et les garçons. En France, par exemple, 56 % des garçons de 10 à 15 ans jouent régulièrement, contre 44 % des filles de la même tranche d’âge (SELL 2025). L’écart existe donc, mais il est beaucoup plus faible que ne le suggèrent les idées reçues.
En termes de fréquence et de durée, plusieurs études académiques montrent que les garçons tendent à passer davantage d’heures devant l’écran, en particulier sur PC ou sur console. Pour ce qui est des filles, elles privilégient des sessions plus courtes, mais régulières sur mobile (analyse de ResearchGate). Néanmoins, ces différences ne traduisent pas un moindre intérêt des filles.
Il ne faut pas oublier que le choix des supports illustre également cette diversité. Même si les consoles de salon et les PC restent très prisés par les garçons, les filles commencent peu à peu à s’y engager. Par ailleurs, de plus en plus de « gameuses » se tournent actuellement vers les genres compétitifs tels que les shooters et les battles royales. Aujourd’hui, le smartphone demeure un point d’entrée privilégié pour de nombreuses adolescentes qui y trouvent une accessibilité immédiate et une dimension sociale forte.

La diversité des genres, pourquoi le « casual gaming » ne suffit plus ?
L’image selon laquelle les femmes se limiteraient aux jeux dits « casual » (puzzle games, simulations légères ou titres mobiles) ne coïncide plus avec les données récentes. En 2024, une enquête Bryter révèle que 56 % des joueuses choisissent des jeux d’action-aventure, 49 % des shooters et 47 % des battle royale (Bryter 2024). Cela montre que les adolescentes et les jeunes femmes investissent pleinement dans des genres perçus comme masculins. Sans oublier que leur niveau d’engagement est comparable à celui de leurs homologues masculins.
La popularité des titres compétitifs comme Fortnite, Call of Duty ou Valorant illustre cette appropriation. En principe, ces jeux demandent aussi bien des réflexes rapides qu’une stratégie collective, des critères qui contredisent l’idée que les joueuses cherchent uniquement des expériences légères. Les jeux narratifs et immersifs attirent également une part importante de femmes. Qu’il s’agisse de sagas comme The Last of Us ou Assassin’s Creed, ces univers riches en histoires séduisent un bon nombre de publics féminins.
Cette diversité de genres reflète donc un point essentiel, le choix des joueuses ne diffère pas de celui des joueurs. Toutefois, il est encore trop souvent invisibilisé par les discours médiatiques. En mettant en avant uniquement le segment mobile, certains commentateurs partagent le cliché de la « joueuse occasionnelle ». Or, les données actuelles affirment au contraire une appropriation massive et variée, où les femmes participent activement à toutes les dimensions du gaming.
S’identifier comme gameuse, entre sentiment d’appartenance et regard extérieur
En France comme dans le monde, les femmes représentent aujourd’hui près de la moitié des joueurs. Néanmoins, elles sont beaucoup moins nombreuses à se revendiquer comme « gameuses ». Selon une étude récente de Newzoo, seules 36 % des femmes qui jouent se définissent comme « gamer », contre une majorité d’hommes qui adoptent spontanément ce terme (Newzoo 2024).
Cette différence traduit surtout le poids des stéréotypes encore présents dans la culture vidéoludique. En effet, le mot « gamer » reste souvent associé à un profil masculin, passionné et compétitif. En conséquence, de nombreuses joueuses hésitent à revendiquer cette identité, de peur d’être confrontées à des remarques condescendantes. En France, les travaux de Women in Games France soulignent que ces représentations influencent directement la confiance des femmes dans cet univers du gaming. Certaines jouent juste sans afficher publiquement leur passion, tandis que d’autres adoptent des appellations moins connotées, comme « fan de jeux vidéo ».
De nos jours, la perception de ce qu’est un « vrai joueur » repose encore sur des critères hiérarchisés. Ceux qui préfèrent les RPG ou les shooters sont perçus comme plus « légitimes » que ceux qui aiment les jeux mobiles ou narratifs. À cause de cette hiérarchie, certaines femmes ont du mal à se reconnaître dans l’identité de « gameuse ».
Les filles face aux harcèlements en ligne
Si les pratiques vidéoludiques des femmes se rapprochent de celles des hommes, l’expérience vécue en ligne révèle encore de fortes disparités. Les enquêtes récentes montrent que la toxicité demeure un obstacle majeur. Rien qu’en 2024, 26 % des joueuses déclarent avoir subi du harcèlement sexuel en ligne et 12 % des menaces de viol (Bryter). Même si ces chiffres marquent une baisse par rapport à 2022 (59 % de signalements de toxicité contre 72 % auparavant), la persistance du phénomène reste préoccupante.
Face à cette hostilité, de nombreuses femmes adoptent des stratégies d’évitement. 59 % des joueuses choisissent de masquer leur genre en utilisant des pseudos neutres, en désactivant leur micro ou en évitant certains modes multijoueurs (Reach3 2021). Grâce à l’anonymisation, de plus en plus de filles ont l’opportunité de profiter du jeu sans être confrontées à des risques d’agressions verbales.
Ces comportements défensifs ont des conséquences directes sur la participation des femmes dans le monde du gaming. Parfois, elles renoncent à certaines expériences compétitives, ce qui limite leur visibilité et leur progression dans des environnements où elles sont à l’aise. Sur le territoire français, Women in Games France rappelle que quatre femmes sur dix ont déjà été confrontées à du harcèlement en ligne.

Personnages féminins et sexualisation, l’influence du design sur l’engagement des joueuses
Au-delà des chiffres cités ci-dessus, la manière dont les femmes sont représentées dans les jeux vidéo influence fortement leur rapport au médium. Pendant longtemps, les personnages féminins ont été rarement proposés comme figures principales et, lorsqu’ils l’étaient, leur design était souvent marqué par une forte sexualisation (vêtements inadaptés, postures stéréotypées, rôle secondaire, etc.).
Ces dernières années, cette tendance a progressivement évolué. À titre d’exemple, des franchises emblématiques comme Tomb Raider ont revu leurs héroïnes pour en proposer une image plus réaliste et nuancée. De plus en plus de titres narratifs, tels que The Last of Us Part II ou Horizon Forbidden West, mettent en avant des protagonistes féminins charismatiques et éloignés des clichés.
Cependant, la question ne se limite pas à la simple présence de personnages féminins. La diversité des corps, des origines et des parcours devient également un enjeu majeur. Le point positif de ces initiatives montre que l’élargissement des représentations ne réduit pas l’attrait des jeux. Au contraire, il enrichit les univers et favorise l’engagement.
Les actions concrètes pour l’inclusion des filles dans le monde des jeux vidéo
Bien que la place des femmes dans l’univers du jeu vidéo progresse, beaucoup reste encore à faire pour atteindre une véritable égalité. Les pistes d’action concernent à la fois les studios de développement, les acteurs institutionnels, mais aussi les communautés de joueurs.
Du côté des éditeurs et développeurs, une priorité consiste à favoriser l’inclusion dès la conception du jeu. Cela passe par la constitution d’équipes diversifiées, où les femmes participent aux décisions artistiques et techniques. Selon l’association Women in Games France, elles représentent encore moins de 25 % des effectifs dans le secteur en 2024. Ainsi, augmenter cette proportion permet d’intégrer des sensibilités différentes dès l’écriture des scénarios ou le design des personnages.
Les studios peuvent aussi mettre en place des politiques internes de tolérance zéro face au harcèlement. Pour le moment, il s’agit d’un problème récurrent qui dissuade de nombreuses femmes de rester dans l’industrie. En ce qui concerne les communautés de joueurs, celles-ci ont un rôle clé. Certaines initiatives, comme la création de serveurs inclusifs ou de compétitions mixtes, montrent qu’il est possible de construire des espaces où chacun peut participer sans crainte d’exclusion.
FAQ
Les filles jouent-elles autant que les garçons ?
Les statistiques montrent que les filles constituent désormais près de la moitié des joueurs. En France, selon le CNC et le SELL (2023), 47 % des pratiquants sont des femmes. À l’échelle mondiale, les chiffres varient légèrement selon les régions, mais la tendance reste similaire.
Quels genres et plateformes préfèrent-elles en 2024–2025 ?
Les femmes et les jeux vidéo évoluent avec le marché. Beaucoup apprécient les jeux narratifs, les simulations de vie, les puzzles et les RPG. Les plateformes mobiles restent dominantes, mais les consoles et le PC gagnent du terrain.
Pourquoi certaines joueuses ne se disent pas « gameuse » ?
Le terme « gameuse » est parfois perçu comme réducteur ou stigmatisant. Afin d’éviter une étiquette qui les marginalise, certaines préfèrent se définir simplement comme joueuses ou passionnées.
Harcèlement : quelles proportions et quelles conséquences ?
Les études montrent qu’une large partie des gameuses subissent du harcèlement en ligne, que ce soit des remarques sexistes, des insultes ou de l’exclusion. Pour se protéger, certaines camouflent leur identité, désactivent le micro ou utilisent un pseudo neutre.
Sources :