En avril 2021, le studio américain Wolfire Games a déposé une plainte antitrust contre Valve, accusant Steam d’abus de position dominante sur le marché de la distribution de jeux PC dématérialisés. Cinq ans plus tard, l’affaire est toujours en cours, mais un nouvel élément vient relancer le débat : la mise au jour fin mai 2026 du transcript de la déposition de Gabe Newell, réalisée en novembre 2023.
Le fondateur et PDG de Valve y répond point par point aux accusations de monopole visant Steam. Ses déclarations, largement relayées par la presse spécialisée, apportent un éclairage direct sur la défense de l’entreprise. Dans un secteur qui pèse désormais plus de 10 milliards de dollars de revenus annuels pour Steam selon des estimations publiées en 2026, chaque mot compte.
Une plainte antitrust qui vise le cœur du modèle Steam
La procédure lancée par Wolfire repose sur une accusation centrale : Steam détiendrait un monopole sur la distribution de jeux PC numériques. Selon les plaignants, cette position dominante permettrait à Valve d’imposer des conditions commerciales défavorables aux développeurs et éditeurs tiers.
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Parmi les griefs figure notamment la commission de 30 % prélevée sur les ventes. Pour Wolfire, ce taux serait maintenu à un niveau élevé grâce au pouvoir de marché de Valve. La comparaison avec l’Epic Games Store, qui pratique une part de 12 % pour la plateforme, alimente l’argumentaire des plaignants et illustre la tension concurrentielle sur le secteur.
La question sensible de la clause “Most Favored Nation”
Un autre point clé concerne une politique assimilée à une clause de type “Most Favored Nation” ou MFN. D’après la plainte, Steam interdirait de vendre un même jeu moins cher sur d’autres boutiques que sur sa propre plateforme, ce qui reviendrait à influencer indirectement les prix pratiqués chez des concurrents.
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Les plaignants soutiennent que cette pratique permettrait à Valve de verrouiller les conditions tarifaires du marché au-delà de son propre écosystème. Des documents versés au dossier évoquent même des “règles non documentées” qui auraient servi à exercer une pression sur certains éditeurs. Valve conteste fermement cette interprétation.
Gabe Newell nie toute dictée des prix
Lors de sa déposition de novembre 2023, Gabe Newell a formulé une déclaration centrale : Valve n’a pas de politique ou de pratique dictant les prix des logiciels tiers sur d’autres plateformes. Selon lui, Steam ne fixe pas les tarifs des jeux et ne dicte pas aux développeurs les montants qu’ils doivent appliquer ailleurs.
Il a également insisté sur le fait que les développeurs choisissent eux-mêmes leurs prix sur Steam. Cette précision est au cœur de la défense de Valve. Newell a nié l’existence de règles internes informelles qui obligeraient des studios à aligner leurs prix sous peine de sanction. Pour le dirigeant, il n’existerait pas de mécanisme destiné à punir un éditeur via un retrait de catalogue pour des raisons tarifaires.
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Parmi les points réfutés figurent des allégations selon lesquelles Valve aurait menacé certains partenaires majeurs, dont Ubisoft, de retirer des titres comme Rainbow Six Siege en cas de prix inférieurs pratiqués ailleurs. Confronté à ces éléments, Newell a contesté l’existence de telles pratiques.
Un marché “contestable”, selon Valve
Au-delà des détails techniques, Gabe Newell fonde sa défense sur une idée économique plus large : le marché PC serait contestable. Autrement dit, les joueurs comme les développeurs disposeraient de véritables alternatives à Steam.
Il a cité explicitement l’Epic Games Store et les boutiques liées à Xbox comme exemples de plateformes concurrentes. Selon cette logique, un monopole impliquerait une absence de choix réel pour les consommateurs. Or, d’après Newell, les joueurs PC restent libres d’acheter leurs jeux où ils le souhaitent, ce qui affaiblirait l’argument d’une domination exclusive.
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Cette ligne de défense repose sur plusieurs éléments :
- Pluralité des boutiques accessibles aux joueurs PC ;
- Liberté tarifaire revendiquée des développeurs sur Steam ;
- Absence, selon Valve, de pression formalisée sur les prix pratiqués hors plateforme.
L’argumentation vise à démontrer que l’écosystème PC resterait ouvert et concurrentiel, même si Steam en demeure l’acteur le plus visible.
Un procès toujours en cours dans un contexte juridique chargé
À ce stade, le procès Wolfire contre Valve est toujours pendant devant la justice américaine. Certaines accusations ont survécu aux tentatives initiales de rejet, permettant à la procédure de se poursuivre. Aucune décision finale n’a été annoncée à la date des publications de mai 2026.
Ce contentieux s’inscrit dans un contexte plus large. Valve fait face à d’autres actions en justice portant notamment sur des allégations de jeux d’argent illégaux liées aux loot boxes de titres comme Counter-Strike 2, Team Fortress 2 ou Dota 2, ainsi que sur des questions de droit d’auteur soulevées au Royaume-Uni. L’entreprise évolue donc dans un environnement juridique particulièrement surveillé.
La publication du transcript de Gabe Newell ne tranche pas le débat, mais elle clarifie la position officielle de Valve. Entre accusations de monopole et défense d’un marché jugé ouvert et compétitif, le dossier reste emblématique des tensions qui traversent l’industrie du jeu vidéo. À mesure que Steam consolide son poids économique, la frontière entre succès commercial massif et position dominante contestée continue d’alimenter une bataille judiciaire dont l’issue pourrait redéfinir l’équilibre du PC gaming.