Valve vient de faire parler d’elle, et pas pour les bonnes raisons. Son refus de publier Horses, un jeu d’horreur expérimental du studio italien Santa Ragione, met en lumière une tension croissante entre liberté créative et modération de contenu sur Steam. Ce qui aurait dû être un simple problème de distribution devient une question bien plus large : jusqu’où peut aller la censure d’une plateforme quand elle détient une domination quasi monopolistique du marché PC ?
Santa Ragione, ce studio milanais connu pour ses créations artistiques et perturbantes, a soumis son jeu en 2023. Après deux ans de silence relatif et de refus systématiques de clarification, le studio se retrouve acculé à sortir son titre sur d’autres plateformes le 2 décembre 2025. Sans Steam, c’est jusqu’à 75 % de ventes potentielles qui s’envolent. Probablement la fin pour Santa Ragione.
Un refus énigmatique et sans appel
Valve a communiqué via un email étrangement vague : « ce titre présente des thèmes, des images ou des descriptions que nous ne distribuons pas ». Rien de plus. Pas d’explication spécifique, pas de liste de scènes problématiques, pas de chemin vers la conformité. Juste un non catégorique, même quand Santa Ragione a proposé des modifications et demandé des clarifications à plusieurs reprises.
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Le studio co-fondateur Pietro Righi Riva a précisé que Valve avait évoqué des préoccupations concernant le contenu sexuel impliquant des mineurs. Sauf que dans Horses, l’univers surréaliste peuplé de humains nus portant des masques de chevaux met en scène des adultes, pas des enfants. Aucune ambiguïté. Valve maintient pourtant son veto avec une autorité absolue.
Une censure qui ressemble à du moralisme
Ce qui choque vraiment, c’est l’opacité du processus. Aucun détail, aucune opportunité réelle d’appel, aucune nuance. Santa Ragione crie au moralisme de censure, et franchement, difficile de les contredire. Le studio souligne avec pertinence que Netflix accepte des contenus bien plus graphiques et violents. Pourquoi une plateforme de jeux vidéo serait-elle plus stricte qu’une plateforme de série ?
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Ce qui aggrave tout, c’est que ce ban a été prononcé avant même que les processeurs de paiement n’imposent leurs restrictions adultes. Valve n’a pas suivi une vague externe ; elle a anticipé, surévalu, étouffé. Le studio a d’ailleurs refusé de modifier une seule ligne de code pour les autres plateformes, car il n’y a eu aucun souci avec Epic Games, GOG ou Itch.io.
Des créateurs que l’on réduit au silence
Santa Ragione mérite le respect. Ce studio a dix ans de carrière, des réputations dans les festivals, des projets primés. Son survival horror Saturnalia s’est construit une audience fidèle. Horses affiche déjà des sélections honorifiques à l’IndieCade, à Day of the Devs, au SXSW Sydney et à la SFMOMA. Rien de cela ne compte face au mur de Valve.
La vraie peine, c’est financière. Le studio a dû accumuler une dette massive pour développer ce jeu. Il a mis de côté des fonds pour six mois post-lancement seulement. Sans Steam, sans le volume de ventes attendu, Santa Ragione envisage sérieusement la fermeture. Plusieurs membres ont déjà commencé à chercher du travail ailleurs.
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Les autres plateformes ouvrent leurs portes
Heureusement, il existe une lueur d’espoir. Horses sortira sur l’Epic Games Store, GOG, Itch.io et le Humble Store pour $4,99. GOG fait preuve de courage en promouvant activement le titre, en lançant des précommandes et en affichant son soutien public. Le message de GOG résonne comme un direct à Valve : « Nous avons toujours cru que les joueurs devaient pouvoir choisir les expériences qui les parlent ».
C’est un acte de rébellion bienvenue. GOG utilise cette situation pour affirmer sa différence, sa volonté de ne pas exercer le même contrôle dictatorial. Rassurant pour les créateurs indépendants qui redoutent l’arbitraire de Valve.
Un jeu pour explorateurs de l’étrange
Horses est un premier-person horror qui brouille réalité et imagination. Le joueur incarne un étudiant qui passe son été à travailler dans une ferme. Sauf que les chevaux ne sont pas des animaux. Ce sont des humains nus portant des masques de chevaux, et le joueur doit les monter et accomplir des tâches étranges et profondément dérangeantes.
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C’est volontairement perturbant. Horses mêle séquences interactives et vidéo live-action, crée une atmosphère nauséeuse, force des choix moraux désagréables. Santa Ragione ne cherche pas à divertir ; elle cherche à confronter, questionner, déranger. De l’art vidéoludique qui refuse de plaire.
Voici le lien pour découvrir le trailer :
Regardez et jugez par vous-mêmes.
Un symptôme d’une maladie systémique
Steam détient environ 75 % du marché PC des jeux. Quand une plateforme de cette ampleur agit en dictateur sans justification, elle établit une règle pour tous. Les petits studios ne peuvent pas se permettre de défier Valve. Ils se censureront d’eux-mêmes, leurs créateurs affadiront leurs visions, et l’industrie perdra en audace.
Santa Ragione dit clairement que Steam refuse désormais d’accorder des clés développeur aux indés qui ne franchissent pas des seuils de ventes non divulgués. C’est rétroactif, c’est opaque, et ça ressemble à du contrôle via l’étranglement financier. Le studio appelle à reconnaître que dans un quasi-monopole, les décisions opaques peuvent rapidement déterminer la survie d’une petite équipe.
Espérer une issue positive
Horses sort le 2 décembre 2025. Le studio a une fenêtre étroite pour justifier ses années de travail et sa dette. Peut-être que le buzz, la controverse et le soutien de GOG suffiront. Peut-être que les joueurs cherchant des expériences créatives et perturbantes trouveront leur chemin vers ce jeu improbable.
Peut-être que Santa Ragione survivra et montrera à d’autres studios qu’on peut refuser la censure de Valve. Mais il ne faudrait pas de miracle. Il faudrait juste un peu de justice : que les plateformes dominant le marché expliquent leurs décisions, offrent des appels équitables, et acceptent que certaines œuvres peuvent être adultes, perturbantes, étranges, sans être immorales. Steam avait une opportunité de faire preuve de sagesse. Elle a choisi le silence. Et cela coûte cher à ceux qui demandent juste le droit de créer.