Le 14 janvier 2026, L’Affaire Bojarski débarque au cinéma en France avec un profil qu’on voit rarement tenir aussi bien la route : un film d’époque sur un faussaire, une trajectoire vraie étalée sur 15 ans, et un démarrage qui dépasse la simple curiosité. En ce début d’année, le long-métrage réalisé par Jean-Paul Salomé a déjà franchi le cap des 500 000 entrées, signe d’un bouche-à-oreille solide.
Le point de départ est limpide et accrocheur. Jan Bojarski, ingénieur polonais réfugié en France pendant la Seconde Guerre mondiale, fabrique des faux papiers sous l’Occupation. Après-guerre, une absence d’état civil l’empêche de breveter ses inventions, dont un stylo-bille jetable et des dosettes de café. Coincé entre génie et invisibilité, il finit par accepter un travail de faussaire de billets pour des truands, tandis que le commissaire Mattei resserre l’étau.
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À l’écran, cette matière pourrait vite sentir la reconstitution scolaire. Or, la réception raconte autre chose : entre la sensation de “claque” côté spectateurs et plusieurs retours très enthousiastes sur le rythme et le suspense, le film s’impose comme une belle anomalie dans la grille de départ d’année.
Un fait divers vrai, raconté comme une mécanique de suspense
Ce qui accroche, c’est d’abord la nature du personnage : Bojarski n’est pas juste un faussaire de cinéma, c’est un technicien, un ingénieur, un cerveau qui travaille la matière et la précision. Ses contrefaçons sont si propres qu’elles ne seraient repérées que par une expertise en laboratoire. Dans le film, cette idée donne une tension particulière : on ne regarde pas seulement un homme fuir, on observe une méthode, un savoir-faire, une obsession du détail.
Le contexte d’après-guerre, dans la France des années 1950, ajoute une couche de tragédie froide. Bojarski a un talent, mais pas les papiers, pas la reconnaissance, pas l’espace officiel pour exister. Cette friction entre invention et effacement administratif crée une dramaturgie moins attendue qu’un simple récit de truands. On comprend pourquoi certains parlent d’un traitement quasi-documentaire du travail de faussaire, tout en restant dans un récit tenu par la traque.
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Reda Kateb et Bastien Bouillon : une poursuite qui se joue à bas bruit
Le casting principal rassemble Reda Kateb en Cezlaw Jan Bojarski, Bastien Bouillon en commissaire Mattei, Sara Giraudeau dans le rôle de la femme de Bojarski, et Pierre Lottin en second rôle. L’ensemble donne au film une assise très “cinéma français”, mais sans se limiter à une simple parade de visages connus.
Le duel Bojarski Mattei évite souvent l’affrontement spectaculaire. Il se construit plutôt sur une logique de chat et souris, avec une tension qui grimpe par paliers, au gré des erreurs, des habitudes, des traces laissées malgré soi. Sur ce point, les avis divergent : certains reprochent au film un manque d’aura ou d’énergie dans ce face-à-face, quand d’autres saluent au contraire la précision du jeu de piste. Cette polarisation est presque un compliment involontaire : on discute de mise en scène et de choix de ton, pas d’un scénario qui patine.
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Une mise en scène du passé qui vise le présent
La réalisation de Jean-Paul Salomé est régulièrement décrite comme très maîtrisée, parfois classique, mais captivante. Cette “classicité” peut être lue de deux manières. Pour une partie de la presse, le film reste sage, parfois trop proche d’un rendu “téléfilm”, avec une narration jugée redondante. Pour d’autres, c’est précisément ce cadre solide qui permet au suspense de fonctionner sans effets voyants.
Ce qui ressort surtout, c’est une volonté de rendre le passé lisible avec une mise en scène précise, presque moderne dans la façon de cadencer les informations. Là où certains films d’époque installent une distance, L’Affaire Bojarski cherche l’immersion par le geste, le procédé, la technique. On suit un artisan du faux, et cette approche peut donner un parfum étrangement contemporain à un récit des années 1950.
Pourquoi le public adore ?
Le signal le plus net reste le public. Atteindre 500 000 entrées dès le début de 2026, pour un film français d’époque centré sur un faussaire, ce n’est pas un automatisme. Plusieurs retours de spectateurs évoquent une “vraie claque de cinéma”, et des critiques très positives insistent sur un suspense total, un excellent casting et un récit qui ne se disperse pas.
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Dans une époque où l’attention se joue au millimètre, on peut aussi y voir une victoire de la lisibilité : un héros au destin singulier, une course-poursuite mentale, et une intrigue dont l’enjeu est clair. Le film coche des cases simples mais rares ensemble : tension, période, histoire vraie, et une progression qui donne envie de “rester jusqu’au bout”, sans forcer le trait.
- Un personnage réel dont la trajectoire s’étale sur 15 ans, avec une densité romanesque immédiate.
- Un métier filmé comme une compétence, avec la précision du geste et la peur de la faille.
- Une traque structurée, où le récit avance par étapes plutôt que par surenchère.
- Un casting identifiable, qui ancre le film sans l’écraser.
- Un mélange de sobriété et d’efficacité qui, selon les sensibilités, devient soit une force, soit un motif de frustration.
La “belle surprise” tient aussi à son personnage
Le film s’appuie sur un détail qui claque comme une punchline d’époque, sans avoir besoin d’en rajouter : Bojarski est surnommé le Cézanne de la fausse monnaie. L’expression dit tout, parce qu’elle transforme le crime en geste artistique, ou du moins en obsession esthétique. Et il y a cette ironie mordante : ses faux billets se vendraient aux enchères plus cher que les vrais.
Cette dimension donne au film une tonalité particulière. On n’est pas seulement dans le polar, on est aussi dans le portrait d’un homme qui cherche une forme de reconnaissance, avec ce que cela implique de solitude. Certaines critiques pointent un personnage trop introverti, trop discret, comme si le film refusait de le “spectaculariser”. Mais cette discrétion peut aussi faire le sel de l’ensemble : un récit où la tension vient moins des cris que de l’étau qui se resserre.
À l’arrivée, L’Affaire Bojarski s’installe comme un démarrage d’année qu’on n’avait pas vu venir : un film français porté par une histoire vraie, un artisanat du suspense, et un public qui répond présent. Entre les avis qui applaudissent la précision et ceux qui regretteraient un manque de panache, il reste un constat très concret : la salle suit, et le nom de Bojarski, longtemps effacé par l’administration dans le récit, finit par trouver sa place sur grand écran.