Fin décembre 2025, A24 a dévoilé la première bande-annonce de Undertone, un film d’horreur réalisé par Ian Tuason, récemment choisi pour mettre en scène le prochain Paranormal Activity. La promesse mise en avant est claire: ici, la peur se fabrique d’abord avec ce qu’on entend, bien avant ce qu’on croit voir.
Ce long métrage attire l’attention pour une raison simple et presque contre-intuitive à l’ère du tout-visuel: le son y est le moteur principal. La couverture médiatique insiste d’ailleurs sur cette idée de “sounds of terror”, comme si la bande-son devenait un couloir sombre dans lequel on avance à tâtons, casque sur les oreilles.
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Dans le même temps, le nom de Tuason circule dans l’industrie depuis mi-décembre 2025, avec l’annonce de sa sélection, en “final negotiations”, pour réaliser le 8e film de la franchise Paranormal Activity, porté côté production par James Wan, Jason Blum et Oren Peli, avec Paramount Pictures, Blumhouse et Atomic Monster dans l’équation. Un enchaînement qui donne à Undertone un relief particulier: ce n’est pas seulement une sortie de plus, c’est aussi une carte de visite.
Undertone, une histoire de podcast et d’enregistrements qui grignotent la réalité
Le point de départ de Undertone tient dans une situation intime, presque banale, que l’horreur va déformer. Le film suit Evy, animatrice d’un podcast “all-things-creepy”, qui emménage chez sa mère mourante pour s’occuper d’elle. Le décor n’est donc pas un manoir gothique à l’ancienne, mais un quotidien fragile, déjà chargé d’une tension sourde.
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Le basculement arrive lorsqu’Evy reçoit 10 enregistrements audio envoyés par un jeune couple enceinte confronté à des bruits surnaturels. Ce dispositif, simple sur le papier, installe une mécanique très contemporaine: au lieu de “voir pour croire”, on écoute et on tente de trier le réel du parasitage. Et quand on vit déjà au ralenti, à côté d’une fin annoncée, chaque son peut devenir une écharde.
Au fil des fichiers, Evy comprend que l’histoire de la femme dans les enregistrements est le miroir de sa propre vie. Plus elle avance, plus ces écoutes altèrent sa santé mentale, jusqu’à la pousser vers un destin inéluctable. La peur ne vient pas seulement de “ce qui arrive”, mais de la sensation de ne plus contrôler le cadre, ni psychologique, ni narratif, ni sonore.
Un film “found audio”, quand l’horreur passe par la bande-son
Ian Tuason décrit Undertone comme un film de “found audio” plutôt qu’un “found footage”. La nuance est tout sauf cosmétique. Là où le found footage s’appuie sur la captation d’images supposées brutes, ici le cœur du dispositif repose sur l’enregistrement, l’écoute et tout ce que le son peut suggérer sans jamais montrer.
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Ce choix a une conséquence directe: le sound design est présenté comme un élément si central qu’il structure le concept même du film. On n’est plus dans un simple accompagnement musical ou des bruitages pour sursauter au bon moment, mais dans une écriture où la bande-son fait office de narrateur, de piège et parfois de menace. C’est une approche qui peut susciter une forme d’angoisse plus intime, parce qu’elle s’adresse à notre vigilance la plus primitive.
La bande-annonce publiée par A24 s’inscrit exactement dans cette promesse: des sons, des bruits, des fragments d’enregistrements et l’idée que l’horreur se cache dans des détails auditifs qu’on hésite à interpréter. L’expérience vendue n’est pas celle d’un monstre en pleine lumière, mais celle d’un doute qui s’installe, puis s’accroche.
Nina Kiri au centre: un seul rôle parlant, une pression maximale
Le film s’appuie sur Nina Kiri (vue notamment dans The Handmaid’s Tale) pour incarner Evy. Et Tuason pousse l’idée jusqu’au bout: Evy est le seul rôle parlant à l’écran dans tout le film. Ce n’est pas un gadget, c’est une contrainte de mise en scène qui transforme chaque respiration, chaque micro-silence, chaque hésitation en matière dramatique.
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Dans un tel cadre, la performance devient une surface de projection. Quand Evy écoute, on écoute avec elle. Quand elle doute, le film nous force à rester dans cette zone grise, inconfortable, où l’on ne peut pas se réfugier dans les réactions d’un groupe ou dans la rationalité d’un personnage secondaire. Cette solitude, à l’écran, accentue mécaniquement la puissance des enregistrements audio paranormaux qui l’assaillent.
Ce dispositif donne aussi un sens très concret à l’idée de “terreurs sonores”: si tout passe par une seule présence incarnée, la bande-son n’est plus un décor, c’est l’adversaire. Et le film peut se permettre d’être minimaliste en image tout en restant dense en sensations.
Fantasia, Sundance, et l’effet boule de neige autour du film
Undertone a été présenté en première au 29e Fantasia International Film Festival à l’été 2025. Dans le circuit du cinéma de genre, Fantasia joue souvent le rôle de caisse de résonance: quand un film s’y fait remarquer, il peut rapidement changer de catégorie, passant du projet prometteur à la découverte dont tout le monde veut parler.
Le signal le plus net, factuellement, reste son prix du public du meilleur long métrage canadien à Fantasia. Ce n’est pas une lecture critique, c’est un indicateur direct d’adhésion. Et dans le cas d’une horreur axée sur le son, ce type de reconnaissance suggère une expérience qui “fonctionne” en salle, au contact d’un public qui vient précisément chercher des sensations fortes.
Le parcours ne s’arrête pas là: Undertone est annoncé comme programmé au Sundance Film Festival, avec une projection prévue début 2026, puisque la mention intervient comme un “next month” dans des publications de décembre 2025. Une étape logique pour un premier long métrage qui a déjà réussi à créer un frisson médiatique et à déclencher des discussions industrielles.
Pourquoi ce film pèse déjà dans la conversation autour du reboot de Paranormal Activity
La connexion thématique entre Undertone et Paranormal Activity saute aux yeux sans qu’il y ait le moindre lien narratif officiel entre les deux œuvres. D’un côté, le found footage a popularisé l’idée d’un paranormal “domestique” capté par un dispositif d’enregistrement. De l’autre, Tuason propose un pendant: le found audio, où la peur se construit dans l’écoute et la suggestion.
Ce rapprochement est d’autant plus commenté que Tuason a été annoncé, en mi-décembre 2025, comme le réalisateur pressenti du prochain Paranormal Activity, avec la mention de négociations finales. À ce stade, la logique est celle d’un profil: un réalisateur et scénariste basé à Toronto, qui s’est fait connaître avec des courts-métrages d’horreur en réalité virtuelle totalisant des millions de vues et une sélection à SXSW, puis qui signe ici son premier long métrage.
Il y a aussi un élément très concret de thermomètre industriel: après Fantasia, le film a déclenché une guerre d’enchères entre six acheteurs. A24 l’a emporté avec un accord annoncé en “mid-seven figures”. Dans un secteur où l’attention se monnaye cher, c’est un marqueur de confiance, et une manière de dire que l’expérience proposée par Undertone n’est pas perçue comme un simple exercice de style.
- Un concept clair: l’horreur via 10 enregistrements audio.
- Une contrainte forte: un seul rôle parlant à l’écran.
- Un élan festivalier: première à Fantasia, puis Sundance annoncé.
- Un signal business: enchères à six, deal multi-millions pour A24.
- Un timing parfait avec la montée en puissance du reboot de Paranormal Activity.
A24 prépare désormais la sortie prochaine de Undertone après la diffusion de cette première bande-annonce, sans qu’une date précise ne soit encore avancée dans les informations disponibles. C’est précisément le genre de flou qui entretient la tension: on sait que le film arrive, on sait sur quoi il veut jouer, mais on n’a pas encore le moment exact où il viendra s’installer dans nos écouteurs.
Si la trajectoire récente d’Ian Tuason raconte quelque chose, c’est qu’une frange de l’horreur contemporaine cherche moins à en faire toujours plus à l’image qu’à travailler la perception, le détail, la suggestion. Undertone semble s’inscrire dans cette veine, avec une idée simple et assez cruelle: parfois, il suffit d’un son mal placé pour que tout le reste commence à se fissurer.