Ce nouvel article s’inscrit dans une tradition très pop culture : découper une série en chapitres, puis désigner, saison par saison, le personnage qui laisse le goût le plus amer.
Mais “pire personnage” ne veut pas forcément dire “personnage mal écrit” ou “interprétation ratée”. Dans une série aussi chorale que Stranger Things, ça peut aussi vouloir dire personnage clivant, sous-exploité, ou simplement coincé au mauvais endroit au mauvais moment dans une mécanique narrative très huilée. On peut donc s’appuyer sur les saisons, leurs contextes et leurs enjeux factuels pour comprendre pourquoi ce type de liste revient si souvent dans les discussions.
Saison 1 : un “pire personnage” coincé dans la mécanique Hawkins 1983
La saison 1 pose les bases : Hawkins, Indiana, en 1983, la disparition de Will Byers et l’arrivée d’éléments qui deviendront la signature de la série, du Laboratoire national de Hawkins à l’Upside Down. C’est une saison de mise en place, où tout le monde n’a pas le même temps d’antenne, ni la même utilité immédiate.
Dans ce cadre, désigner un “pire personnage” (au sens d’un choix d’opinion) revient souvent à pointer un profil qui paraît en décalage avec l’élan collectif : un personnage secondaire qui existe, mais dont l’impact sur la disparition de Will, sur la trajectoire d’Eleven, ou sur l’enquête de Jim Hopper et Joyce Byers semble plus diffus. La saison 1 étant très resserrée, la moindre impression de “à côté” se voit vite.
Saison 2 : quand l’arrivée de nouveaux visages redistribue l’attention
La saison 2 (mise en ligne en 2017) élargit le terrain de jeu. On y voit arriver Max Mayfield, Billy Hargrove et Bob Newby, et la menace se précise avec le Mind Flayer. Cette densité supplémentaire change la dynamique : plus de personnages, donc plus de risques de déséquilibre entre ceux qui portent l’intrigue et ceux qui la subissent.
Un marqueur factuel important, c’est l’épisode “Chapitre Sept: La sœur perdue”, qui suit Eleven à Chicago, où elle rencontre Kali / Eight et son groupe. Cet épisode, isolé dans la saison, crée un effet de parenthèse : certains personnages deviennent, mécaniquement, plus faciles à juger “faibles” parce qu’ils gravitent autour d’un segment séparé du cœur de Hawkins. Dans un classement par saison, ce genre de bloc narratif peut alimenter une impression de rupture, même sans parler de qualité.
Saison 3 : Starcourt Mall, infiltration russe et tonalité plus comique
La saison 3 (en 2019) se déroule largement autour du Starcourt Mall, nouveau centre névralgique de Hawkins, avec une intrigue mêlant infiltration russe et retour du Mind Flayer sous forme d’un monstre de chair. C’est aussi une saison dont le ton passe davantage par le comique et des figures plus “haut en couleur”, ce qui peut rendre certains personnages plus caricaturaux dans la perception.
Le détail qui illustre bien cet équilibre délicat, c’est la présence d’un Hopper en chemise hawaïenne, souvent cité comme symbole d’un registre plus léger. Dans un tel contexte, un personnage peut être désigné “pire” simplement parce que son rôle paraît moins nuancé, ou parce qu’il sert un ressort de ton plutôt qu’une progression émotionnelle. La fin de saison, “Chapitre 8: La bataille de Starcourt”, met notamment en avant une confrontation importante autour de Billy, preuve que la saison sait aussi basculer vers des moments plus graves.
Saison 4 : une saison éclatée, entre Hawkins, Californie et Russie
La saison 4 (volumes 1 et 2 en 2022) s’étire sur trois grands lieux : Hawkins, la Californie (avec Jonathan, Mike, Will et Argyle) et le Kamtchatka en Russie (l’arc de Hopper). Cette structure crée un effet feuilletonnant : on saute d’un groupe à l’autre, avec des rythmes et des intensités différentes.
Côté faits marquants, on retient l’introduction d’Eddie Munson, leader du Hellfire Club, et la révélation centrale autour de Vecna, également lié à Henry Creel et One. Dans plusieurs commentaires critiques, certains segments comme l’emprisonnement en Russie ou le périple en Californie sont cités comme plus faibles. Dans une logique de classement, un “pire personnage” peut alors se retrouver associé, parfois injustement, à l’arc narratif jugé le moins dense : ce n’est pas toujours la personne, mais l’endroit où on la place.
Saison 5 : la lourde tâche de conclure l’Upside Down
La saison 5 est présentée, dans plusieurs articles récents, comme la cinquième et dernière saison, déjà achevée et pensée pour clore l’ensemble des intrigues, notamment celles liées à l’Upside Down. Même sans entrer dans des détails de scénario absents ici, le simple statut de conclusion change tout : chaque scène est lue comme une réponse attendue, chaque trajectoire comme une promesse à tenir.
Dans ce contexte, désigner un “pire personnage” (toujours au sens d’un choix éditorial, pas d’un fait de production) peut refléter un mécanisme assez simple : quand une saison doit “tout régler”, les personnages qui semblent moins indispensables à la résolution globale deviennent plus visibles… pour de mauvaises raisons. La conclusion d’une série tolère moins le superflu, et le moindre détour peut paraître frustrant si l’on attend une ligne droite vers la fin.
Ce que raconte surtout ce type de liste, au-delà de la provocation du mot “worst”, c’est la manière dont Stranger Things a grandi : d’une enquête resserrée à Hawkins à une saga tentaculaire, avec plus de lieux, plus de visages, et davantage d’attentes à satisfaire. Et si nous proposons un nom par saison, l’exercice rappelle une réalité très geek : dans une série culte, on ne débat jamais seulement des monstres, on débat aussi de la place de chacun dans la légende.
- Saison 1 : intrigue resserrée à Hawkins (1983), révélation du Laboratoire et de l’Upside Down.
- Saison 2 : nouveaux personnages, épisode Chicago avec Kali / Eight, montée du Mind Flayer.
- Saison 3 : Starcourt Mall, intrigue russe, tonalité plus comique, menace physique du Mind Flayer.
- Saison 4 : narration éclatée (Hawkins, Californie, Russie), arrivée d’Eddie Munson, révélation Vecna.
- Saison 5 : saison de conclusion, pression maximale pour boucler l’arc de l’Upside Down.
Reste que ce genre de classement, même quand il fait grincer des dents, a une vertu : il force à regarder la série comme un objet évolutif, avec ses changements de ton, ses paris narratifs et ses personnages qui passent du premier plan à l’arrière-scène. Dans l’écosystème Stranger Things, le “pire” n’est souvent qu’un autre nom pour dire : voilà l’endroit précis où la machine a semblé patiner, le temps d’un épisode ou d’une saison.
