Le 18 mars 2026, Les Rayons et les Ombres sort au cinéma en France, avec Jean Dujardin dans un rôle historique à haute tension, celui de Jean Luchaire. Le film, réalisé par Xavier Giannoli, s’inscrit dans le registre du drame historique et affiche une ambition rare dans le paysage hexagonal, autant par son sujet que par ses moyens.
Au centre du récit, une trajectoire personnelle et politique prise dans l’étau de l’Occupation. Le synopsis officiel suit Jean, homme de presse français, et Otto, un jeune francophile allemand, d’abord unis par l’idée de paix en Europe. Puis la guerre éclate, la France est occupée, et les positions se raidissent: Jean devient un patron de presse promoteur de la Collaboration, Otto devient ambassadeur du Reich à Paris. Dans cet entre-deux, Corinne, la fille de Jean, démarre une carrière d’actrice et se retrouve confrontée aux événements, avec tout ce que cela implique de regards, de soupçons et de bascules intimes.
Avec une durée annoncée de 3h15, une production 2025 et une sortie calée au millimètre, le projet ressemble à ces grandes fresques qui demandent du souffle et du temps. On s’attend à un film qui laisse la place aux nuances, aux silences, à l’inconfort, à ce glissement progressif qui fait parfois basculer une vie, un camp, un pays.
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Un drame historique ancré dans une histoire vraie
Les Rayons et les Ombres s’inspire de l’histoire réelle de Jean Luchaire, décrit comme pacifiste, fondateur de Les Nouveaux Temps en 1940, fidèle du régime de Vichy et exécuté le 22 février 1946 pour collaboration. Le film s’appuie aussi sur le destin de Corinne Luchaire, actrice montante avant-guerre, dont la proximité avec des officiers allemands l’a menée à une condamnation à 10 ans d’indignité nationale en 1946.
Ce point de départ donne au récit une gravité particulière. On n’est pas dans une simple reconstitution, mais dans une fiction qui s’accroche à des faits de trajectoires connues, où la chronologie et les responsabilités pèsent. L’intérêt, ici, tient à la façon dont le film met en scène la tension entre image publique et choix privés, entre le récit que l’on fabrique et celui que l’Histoire finit par imposer.
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Dujardin face à Jean Luchaire
Jean Dujardin incarne Jean Luchaire, journaliste et patron de presse collaborationniste. Le synopsis officiel souligne un arc clair: le pacifiste du début, puis la montée en puissance sous l’Occupation, jusqu’à devenir un relais de la Collaboration. Sur le papier, cela promet une partition où le charisme n’est jamais une solution, seulement un outil narratif pour montrer comment une influence se construit.
La bande-annonce dévoilée le 18 février 2026 insiste sur ce contraste, avec des images où apparaissent notamment portraits de Pétain et drapeaux nazis. Dans ce cadre, Dujardin se retrouve à porter une figure historique qui dérange, et c’est précisément là que le cinéma peut faire mal, de manière utile, en forçant à regarder les mécanismes plutôt que les étiquettes. Le film semble viser ce point d’équilibre, inconfortable mais nécessaire, entre récit individuel et responsabilité politique.
Corinne Luchaire, le poids d’une carrière sous surveillance
Nastya Golubeva, également créditée comme Nastya Golubeva Carax, interprète Corinne Luchaire. Le synopsis la place dans une dynamique différente: une carrière qui démarre fort, puis le mur de la guerre, et la confrontation directe à ce qui l’entoure. Un détail marquant de la bande-annonce: Corinne exprime la crainte d’être réduite à l’étiquette de collabo.
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Cette ligne ouvre un champ dramatique très concret: comment vivre, travailler, exister quand chaque geste peut être lu comme un signe d’allégeance. Le film a aussi, en arrière-plan, une source potentielle évoquée autour de Corinne, son autobiographie Ma Drôle de vie publiée en 1949, sans que cela impose d’en déduire quoi que ce soit sur le contenu exact du сценарий. On retient surtout l’idée d’une trajectoire féminine prise entre projecteurs et zones grises, où la célébrité n’amortit rien, elle amplifie tout.
Otto Abetz, le visage diplomatique de l’Occupation
Le casting place August Diehl dans le rôle d’Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris. Le synopsis le présente d’abord comme un jeune francophile allemand se battant, avec Jean, pour la paix en Europe, avant que la guerre ne redistribue brutalement les cartes. Cette évolution, du lien initial à la fonction de l’Occupation, est un moteur narratif puissant: les relations se requalifient, les intentions se retournent, et ce qui ressemblait à un dialogue devient un rapport de force.
Dans un drame historique, ce type de personnage fait souvent office de révélateur. L’Occupation ne se limite pas à des uniformes et des slogans, elle s’organise aussi par des réseaux, des salons, des rendez-vous, des compromis. Le film semble s’intéresser à cette échelle-là, celle où le pouvoir se joue à visage découvert, mais avec une politesse de surface qui rend l’ensemble encore plus glaçant, presque banal par instants.
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Une production ambitieuse
Les Rayons et les Ombres affiche un budget de 30 millions d’euros. Le film est produit par Patrick Godeau, Olivier Delbosc et Sidonie Dumas, et il est présenté comme le plus gros budget Gaumont depuis L’Empereur de Paris en 2018. Ce chiffre ne dit pas tout, mais il raconte une intention: reconstituer une époque, tenir la durée, donner de la place aux scènes de foule comme aux scènes de bureau, aux moments privés comme aux moments de propagande.
Côté fabrication, on est sur un long-métrage de fiction, en langue française, d’origine 100% France, avec un agrément CNC et un visa. Le scénario est signé Jacques Fieschi, Xavier Giannoli et Yves Stavrides. Et dans la distribution, on retrouve aussi Vincent Colombe et André Marcon, ce qui renforce l’idée d’un casting pensé pour tenir une fresque au long cours, sans se limiter aux têtes d’affiche.
Giannoli et Dujardin, une nouvelle étape après Illusions perdues
Ce film marque la quatrième collaboration entre Xavier Giannoli et Jean Dujardin après Illusions perdues, récompensé par 7 César en 2022 et fort d’environ 1 million d’entrées. Ce rappel n’est pas un simple argument de vitrine: il signale une continuité de travail, un goût partagé pour les récits où la réussite sociale et la lutte pour l’influence finissent par révéler une part sombre.
Il y a aussi, dans le choix du sujet, quelque chose de très contemporain, même sans le forcer. Un film centré sur un patron de presse, sur l’image, sur la fabrication du récit public, et sur ce que deviennent les convictions quand la guerre impose une logique binaire, ne peut pas être une simple histoire de costumes. C’est précisément le genre de projet qui demande une mise en scène capable de tenir ensemble l’intime et le politique, sans transformer l’un en alibi de l’autre.
- Date de sortie France: 18 mars 2026
- Durée: 3h15
- Réalisation: Xavier Giannoli
- Rôles principaux: Jean Dujardin (Jean Luchaire), Nastya Golubeva (Corinne Luchaire), August Diehl (Otto Abetz)
- Budget: 30 millions d’euros
Une avant-première Positif est annoncée au Forum des Images, signe d’un lancement qui cherche aussi la discussion, pas seulement l’affiche. D’ici la sortie, la bande-annonce déjà dévoilée place clairement le film sur une ligne de crête: montrer la séduction des discours, puis la violence de ce qu’ils produisent.
Avec son format fleuve, son sujet sensible et son casting central, Les Rayons et les Ombres arrive comme une proposition de cinéma qui assume le temps long et la complexité. Reste à voir comment la mise en scène articulera la mécanique historique, la part de tragédie familiale, et cette zone grise qui, dans ce type d’histoire, laisse rarement des mains propres.